Le Guide de la formation présentielle, par l’EAP
Chapitre 3

Le rôle du groupe dans la transmission

Un processus de transmission et de socialisation

Nous avons évoqué plus haut le modèle ICAP (2014) et le continuum des modes d’engagement cognitif selon lequel l’apprentissage varie en fonction du mode d’engagement cognitif des apprenants : plus l’engagement est constructif et interactif, plus l’apprentissage se fait en profondeur. Inversement, un engagement en mode « passif » est source d’apprentissage restant davantage « en surface ».

Etienne Bourgeois apporte à ce modèle un éclairage nuancé et complémentaire confirmant le nécessaire maintien d’apports transmissifs en formation combinés à des activités entre pairs.

Nous détaillons, ci-dessous, l’importance de ces deux facteurs dans les apprentissages et en particulier leur contribution au processus de subjectivation de l’apprenant (c-à-d sa capacité à penser par lui-même et à vouloir, pouvoir et savoir s’affirmer comme « sujet »).

Le cours magistral et la transmission : pourquoi on ne peut pas s’en passer

Se libérer des autres, de toute transmission verticale institutionnalisée est illusoire. Si le modèle « vertical » de la transmission basée sur de l’écoute, la reproduction ou le mimétisme a été largement critiqué depuis les années 60 au profit des « pédagogies actives » centrées sur l’apprenant, il importe de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

La dimension « transmissive », lorsqu’elle est déclinée sous une forme ajustée offre en effet de nombreux intérêts :

  • La dimension « verticale » de la transmission contribue, aussi paradoxalement que cela puisse paraitre, à l’autonomie des apprenants :
    • Elle inscrit les savoirs dans une culture et une histoire maîtrisées uniquement par le(s) formateur(s) devenant ainsi des « passeurs ».
    • Son caractère « ésotérique » rend les savoirs inaccessibles comme tels aux non-initiés.
    • Elle permet l’accompagnement des apprenants dans la dimension affective.
    • Elle revêt une fonction symbolique qui inscrit l’apprenant dans une lignée intergénérationnelle (on donne à la génération suivante ce que l’on a reçu de la génération précédente).
  • Elle peut laisser de la place à la créativité et à l’imagination.
  • Traditionnellement « verticale » (de maître à élève), la transmission peut aussi se décliner en mode « horizontal » (entre pairs).

Pour que ce modèle opère, il doit toutefois répondre à certaines conditions :

  • Un orateur enthousiaste, brillant et captivant
  • Un auditoire qui dispose de compétences proches de celles de l’orateur. Si l’ambition du formateur est démesurée, le cours magistral sera inopérant
  • Un message qui ne remet en cause radicalement le savoir « naturel » de l’auditoire sous peine de choquer et donc de bloquer l’apprentissage. Ainsi, si le caractère du savoir transmis est jugé trop révolutionnaire par les apprenants, ce mode sera inopérant.

Apprendre des autres

On n’apprend pas sans les autres.

  • Ivan Illich

De nombreux auteurs et études démontrent l’importance des interactions en formation. Citons les facteurs d’influence suivants :

Le groupe est un espace de rencontre favorisant les remises en question (contribuant ainsi à la subjectivation évoquée plus haut) :

  • le sentiment d’appartenance et la confrontation avec les points de vue de ses pairs favorise :
    • la différenciation (affirmation de chaque singularité)
    • le sentiment d’être utile pour autrui
  • le soutien des membres du groupe permet d’expérimenter :
    • des niveaux d’expertise différente
    • la solidarité
    • la reconnaissance
  • le mode davantage coopératif permet :
    • l’amélioration de l’estime de soi
    • et la désidéalisation du formateur qui sort de son rôle de « sachant universel »

Les allers-retours entre soi et « les autres » permet l’expérimentation d’une large gamme de compétences dépassant celles énoncées dans la le programme de la formation :

  • Prendre le « risque » de la nouveauté et surmonter les obstacles d’apprentissage
  • Expérience de la réussite face à une difficulté (d’apprentissage par ex)
  • Expérience de l’altérité sous différentes modalités
  • « Se dire » à autrui
  • Renforcer sa confiance en soi
  • L’émergence de la créativité favorisée dans un contexte relationnel et social

Les activités en travail en (sous-)groupe permettent l’expérience immédiate de l’utilité de certains apprentissages.

Le groupe est un lieu d’expérience d’un cadre institutionnel clair.

Les interactions sociales sont indispensables quand il s’agit de voir ce qu’on ne pourrait voir seul.

Etienne Bourgeois

Recommandations

Le groupe ne doit pas devenir un nouvel espace d’enfermement. Veillez à réguler les échanges, à sortir de la relation « prof-élève » :

  • Observez le groupe et incitez chacun, même le plus réservé, à exprimer son point de vue.
  • Encouragez les convergences et divergences ainsi que leurs possibles articulations.
  • Évitez toute prise de pouvoir par l’un ou l’autre participant.
  • Demandez d’apporter des illustrations à l’appui de toute idée proposée.

Alternez les modalités de travail : seul, en sous-groupe (binômes, quatuors, par 8) et en grand groupe.

Veillez à ce que l’apprenant continue à explorer le « monde » au-delà du groupe et des temps de formation.

Quelles méthodes pour quels apprentissages ?

Nous venons de voir combien les différentes approches ont leurs avantages, leurs inconvénients et leur complémentarité.

Si les méthodes « actives » et les « nouvelles pédagogies » ont aujourd’hui le vent en poupe, il convient de garder à l’esprit :

  • qu’elles ne font pas de miracle
  • qu’elles ne conviennent pas à tous les apprenants (qui peuvent être décontenancés, démotivés, voire même en opposition à celles-ci)
  • d’éviter de tomber dans le piège de l’ « enthousiasme tyrannique » des activités, au détriment des objectifs pédagogiques et de l’ajustement à son groupe dans l’ « ici et maintenant »

Comme le démontre Etienne Bourgeois, le modèle transmissif, dans sa version « moderne », a encore un rôle à jouer s’il est appliqué dans de bonnes conditions même si les interactions sociales sont essentielles dans le processus d’apprentissage.

Un formateur ne peut (et ne doit) en outre ni plaire ni convenir à tout le monde ! Chacun gardera son « style » tout en veillant à créer des situations d’apprentissages qui pourront trouver écho chez les différents profils d’apprenants.

Il n’y a donc pas de panacée universelle pour favoriser les apprentissages.

La meilleure approche reste celle qui favorise la diversité en veillant à choisir pour chaque séquence la méthode et les activités les plus adaptées aux objectifs pédagogiques.

Il s’agit de trouver le juste équilibre entre :

Motivation/incomplétude < > Structuration/exhaustivité

N’oublions pas que l’ennui nait de l’uniformité !

Concrètement

Diversifiez les méthodes !

Allez-y à progressivement : commencez par une nouvelle activité ou une modification à la fois. Expérimentez-là et familiarisez-vous avec elle avant d’envisager de nouvelles adaptations.

Plus vous vous sentirez en confiance et en phase avec les modalités proposées, plus les chances de succès seront grandes.

Posez-vous les questions suivantes :

  • Est-ce que le sujet apprend ?
  • Qu’apprend-il ?
  • Comment apprend-il ?
  • Mais aussi : Que va faire l’apprenant de ce qu’il apprend ?

Faites appel à votre chef de projet pour un accompagnement.

Sources

Bourgeois, Etienne, « Le désir d’apprendre », PUF, 2018.

Version imprimable