Le Guide de la formation présentielle, par l’EAP
Chapitre 9

La mémorisation et les neuromythes

Optimisez l’attention et la mémorisatiion en respectant le fonctionnement naturel du cerveau

Nous avons vu les 4 piliers de l’apprentissage. Ceux-ci sont notamment basés sur les 4 piliers de la mémorisation eux-mêmes issus des résultats obtenus par les neurosciences sur le fonctionnement de notre cerveau.

Mémoriser c’est donc :

  • filtrer les informations ;
  • traiter les informations ;
  • les ranger dans son cerveau ;
  • pour les reconstituer facilement.
4 piliers de la mémorisation
4 piliers de la mémorisation

Avant de parcourir les 12 lois du cerveau utiles en formation, démontons quelques neuromythes dans la mesure où ceux-ci ne doivent pas servir de base dans les formations.

Les neuromythes

Un neuromythe est une croyance erronée sur le fonctionnement du cerveau. De récentes études ont mis en évidence que plusieurs de ces neuromythes sont répandus dans le milieu des formateurs avec les conséquences suivantes :

  1. Les formateurs ne passent pas assez de temps à adapter les enseignements à ce qui fonctionne réellement ;
  2. Ils perdent temps et énergie ;
  3. Les apprenants sont enfermés dans une catégorisation non fondée qui influence la perception qu’il a de lui-même (« je suis visuel et pourtant, je n’ai rien retenu de la présentation en slides »).

Les styles d’apprentissage

Mythe : Les apprenants apprendraient mieux lorsqu’ils reçoivent l’information dans leur style d’apprentissage préféré (ex. : visuel, auditif, kinesthésique).

Fait scientifique : Tout comme la mémoire photographique n’existe pas, on ne peut pas catégoriser les apprenants en « auditifs », « visuels » ou « kinesthésiques ». Aucune étude fiable ne confirme ces affirmations. Au contraire, le traitement des informations s’effectue de façon globale et en complémentarité par des nombreuses aires cérébrales. En revanche, et c’est l’idée des intelligences multiples de H.Gardner, chaque individu peut avoir mieux développé certaines capacités que d’autres. Chacun peut en outre avoir un canal « préférentiel », ce qui ne signifie toutefois pas que c’est pas le biais de ce canal qu’il apprendra le mieux.

Les neurosciences démontrent donc que :

  • Il n’est pas efficace de faire du visuel avec les « visuels » ou de l’auditif avec les « auditifs » ;
  • Il faut varier les styles non pas pour s’adapter aux styles des apprenants mais parce que c’est ainsi que chacun apprend le mieux. Il est toutefois démontré l’importance des supports visuels en formation.

Conclusion – Différenciez les pédagogies pour rencontrer un maximum de styles d’apprentissage et privilégiez le visuel !

Chaque hémisphère cérébral a un projecteur dédié au visuel.

  • En toute circonstance, favorisez le développement de l’apprenant à visualiser.
  • Lorsque vous évoquez une situation ou une action, plantez le décor (élargissez à l’ensemble des sens).
  • Faites « comme si » vous étiez l’apprenant lorsque vous donnez une explication ou une instruction (bougez dans l’espace, manipulez les objets, « mimez » les actions…)

Le cerveau n’est pas multitâche

Mythe : Nous sommes capables biologiquement d’exécuter plusieurs actes simultanés qui demandent la focalisation de l’attention.

Fait scientifique : Il n’est pas possible (sauf à de rares exceptions et suite à un entraînement spécifique pour un couple de tâches précises) de conduire deux tâches conscientes simultanément – par exemple déclamer et lire un texte différent. Le fonctionnement conscient du cerveau est linéaire. En revanche, il est courant de réaliser une tâche très automatisée en même temps qu’une autre mobilisant la pleine conscience – par exemple conduire et échanger avec un passager. Dire que l’on effectue deux tâches simultanément, c’est en réalité « switcher » en permanence de l’une à l’autre.

UN(e) à la fois
UN(e) à la fois

La dominance hémisphérique : cerveau droit et cerveau gauche

Mythe : Les différences sur le plan de la dominance hémisphérique (cerveau gauche, cerveau droit) expliqueraient les différences entre les apprenants. Les « cerveaux gauches » brilleraient davantage dans les tâches logico-mathématiques et les « cerveaux droits », dans les tâches visuo-spatiales.

Fait scientifique : Une étude récente (2013) indique que les données obtenues ne sont pas compatibles avec l’idée que certaines personnes seraient plus « cerveau gauche », alors que d’autres seraient plus « cerveau droit ».

Conclusion – Différencier les pédagogies pour rencontrer un maximum de profils

Le cerveau n’est pas configuré en gauche ou droit bien que ces notions puissent être utilisées comme métaphores de profils des apprenants.

Le cône de Dale

Nous avons vu plus haut que le cône de Dale permet de classifier les modes d’apprentissage par niveau d’abstraction.

Des taux de rétention et de mémorisation y sont généralement associés. Ceux-ci peuvent varier d’une publication à l’autre.

Exemple de présentation du cône de l’apprentissage
Exemple de présentation du cône de l’apprentissage

Notons qu’il n’existe, à ce jour, aucune étude scientifique qui permette de confirmer ces chiffres. À cet égard, l’interprétation et les extrapolations réalisées à partir du cône de Dale relèvent du neuromythe.

Il importe de garder à l’esprit que ces chiffres ne doivent donc pas être pris pour argent comptant.

Les seules conclusions qui peuvent être tirées du cône de Dale sont:

  • la nécessité de varier les types d’expériences sensorielles que l’on propose en formation afin de stimuler la mémoire ;
  • l’efficacité relative de chaque méthode, en fonction du contexte ;
    • Notons à cet égard que l’aspect pyramidal peut être trompeur : les effets de la lecture et du transmissif peuvent ainsi apparaître comme minimes. Ces méthodes peuvent toutefois se révéler très efficaces lorsqu’elles sont intégrées dans dispositif formatif adapté aux objectifs et au groupe (et reposant notamment sur la variété des méthodes, le sens et les interactions).

La zone proximale de développement

Le concept de Zone proximale de développement (ZPD), que nous avons vu plus haut n’est pas un mythe à proprement parler mais est sujet, tout comme le cône de Dale, à interprétations qui relèvent parfois du mythe.

Rappelons ce que la ZPD est la disparité entre :

  • le niveau de développement cognitif « actuel » de l’apprenant (celui où il peut résoudre des problèmes de manière autonome)
  • et le niveau qu’il atteint lorsqu’il résout des problèmes en collaboration avec des personnes plus compétentes (experts ou pairs)

Or, cette définition, initialement en lien avec le développement intellectuel, est devenue liée à toute activité d’apprentissage, ce qui est une forme de distorsion.

Sources

Now.be, spécialiste en formations Ludo-Pédagogiques et Digital Learning.

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